L’échographie des ovaires est l’un des examens clés dans le diagnostic du SOPK (Syndrome des Ovaires Polykystiques), aujourd’hui SOMP. Mais que cherche-t-on vraiment à voir ? Pourquoi les résultats peuvent-ils varier d’une machine à l’autre, ou d’un médecin à l’autre ?
L’imagerie : un des trois piliers du diagnostic du SOPK
Le SOPK se diagnostique selon ce que l’on appelle les critères de Rotterdam :au moins deux des trois éléments suivants doivent être présents :
- Des cycles irréguliers ou une absence d’ovulation
- Une hyperandrogénie (excès d’hormones masculines, visible à la biologie ou cliniquement : acné, pilosité excessive…).
Une morphologie ovarienne polykystique (PCOM) visible à l’échographie. L’imagerie n’est donc pas toujours indispensable : si vous présentez déjà les deux premiers critères, le diagnostic peut parfois être posé sans critères échographiques si les dosages hormonaux sont concordants. En revanche, pour les diagnostics différentiels et l’imagerie de référence dans le dossier, l’échographie est toujours indispensable.
💡 À savoir : contrairement à ce que le mot « polykystique » peut faire croire, il ne s’agit pas de vrais kystes, mais d’un grand nombre de petits follicules (les petites poches contenant les ovules en développement). C’est pourquoi certainsexperts préfèrent désormais parler de SOMP (Syndrome Ovarien MétaboliquePolyendocrinien), pour éviter toute confusion.2. Quelle échographie pour le SOPK ?
La voie endovaginale : la plus précise. Il existe deux façons de réaliser une échographie des ovaires :
- La voie sus-pubienne (sonde posée sur le ventre) : accessible et indolore, mais moins précise, surtout pour compter les follicules.
- La voie endovaginale (sonde introduite dans le vagin) : plus précise et recommandée en priorité pour l’exploration des ovaires. Elle utilise une sonde haute fréquence qui permet de visualiser de très petites structures.
(coupe échographique endovaginale, centrée sur l’ovaire, acquisition 3D).

Si la voie endovaginale n’est pas possible (patiente vierge, refus…), la voie sus-pubienne reste une option, mais avec des limites — notamment chez les femmes en surpoids, car l’épaisseur de la paroi abdominale peut dégrader la qualité de l’image. Les réglages de la machine, ça compte ! Moins connu des patientes, mais très important : la qualité de l’image dépend aussi des réglages de la sonde. Une sonde mal réglée (mauvaise fréquence,mauvaise mise au point) peut conduire à sous-estimer ou surestimer le nombrede follicules. Les spécialistes insistent sur ce point : avant d’agrandir l’image, ilfaut d’abord bien la régler. Un mauvais réglage agrandi ne devient pas une bonne image.Le plus simple est de réaliser l’examen en début de cycle (phase folliculaire précoce), de préférence en même temps que les bilans hormonaux.
Qu’est-ce qu’on mesure exactement ?
Selon les recommandations internationales mises à jour en 2023, une morphologie ovarienne polykystique est retenue si au moins un des deux ovaires présente :

Un seul ovaire suffit pour retenir le critère.
(vue échographique sagittale et axiale, sonde endovaginale). Repérage de l’ovaire gauche etmesure de ses trois diamètres pour le calcul du volume ovarien selon la formule de l’ellipsoïde (Long ×Large × Épaisseur × 0,5). Le Volume Ovarien est >10cm 3

Pourquoi le comptage des follicules est-il parfois compliqué ?
Compter des follicules de quelques millimètres dans un ovaire entier, c’est un travail délicat et chronophage. Il faut « balayer » l’ovaire dans sa totalité, sans quoi on risque de ne pas tous les voir.
Des outils basés sur l’intelligence artificielle sont en cours de développement pour automatiser ce comptage et le rendre plus fiable — une avancée prometteuse pour harmoniser les pratiques.
Et l’IRM dans tout ça ?
L’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) n’est pas un examen de routinepour le SOPK. L’échographie endovaginale reste l’examen de référence, plusaccessible et suffisant dans la grande majorité des cas.
L’IRM peut néanmoins être utile dans deux situations :
- Quand il y a une discordance entre les symptômes, les résultats biologiques et l’échographie (pour chercher un autre diagnostic).
- Chez les femmes en surpoids important, pour qui la qualité de l’échographie peut être insuffisante.
En IRM, les ovaires sont toujours bien visibles, quel que soit le morphotype, et le comptage des follicules y est facilité.
(coupe IRM pelvienne, séquence pondérée T2, plan axial). Excellente visualisation des follicules ovariens : alternative utile à l’échographie en cas de discordance clinico-échographique ou demorphotype rendant l’échographie difficile.
L’âge change tout : adolescentes, périménopause…
Chez les adolescentes : beaucoup de prudence.
Un aspect « polykystique » des ovaires est très fréquent dans les premières années après les règles, sans être pathologique.
Les recommandations actuelles conseillent d’attendre au moins 8 ans après les premières règles avant d’envisager de poser un diagnostic de SOPK chez une adolescente. Les seuils habituels (volume, nombre de follicules) ne s’appliquent pas directement. En périménopause et après la ménopause : penser à d’autres causes.
À l’approche de la ménopause, si les ovaires semblent augmentés de volume etarrondis, cela peut évoquer une hyperthécose ovarienne — une autrepathologie hormonale — plutôt qu’un SOPK. C’est une situation qui nécessite une analyse spécialisée, distincte des critères habituels du SOPK.
Les pièges à connaître
Un « faux » aspect d’ovaires collés. Quand un ovaire se trouve derrière l’utérus, il peut sembler « collé » à l’autre à l’échographie — ce qu’on appelle des kissing ovaries et que l’on peut trouver dans d’autres pathologies en particulier l’endométriose profonde.
En pratique, une simple pression de la main sur le ventre pendant l’examen suffit souvent à mobiliser l’ovaire et à lever ce doute.Une tumeur qui peut ressembler à un SOPK. Dans d’extrêmement rares cas, une tumeur ovarienne (bénigne ou maligne, sécrétant des hormones) peut provoquer des symptômes très proches du SOPK : cycles irréguliers, hirsutisme, et même un nombre élevé de follicules à l’échographie.
C’est pourquoi un radiologue attentif ne s’arrête pas au seul comptage des follicules : il analyse aussi la texture de l’ovaire, la vascularisation, et signale toute anomalie suspecte.
⚠️Règle d’or : si quelque chose n’est pas concordant — un chiffre hormonalinhabituel, une image focale sur l’ovaire, un hirsutisme très marqué — il faut aller plus loin, et ne pas conclure trop vite à un simple SOPK.7.
En résumé.
L’échographie ovarienne est un outil précieux, mais qui demande de la rigueur: La voie endovaginale est à privilégier quand c’est possible.
Les réglages de la machine comptent autant que l’appareil lui-même.
Les seuils diagnostiques sont clairs (volume 10 mL, 20 follicules≥ ≥par ovaire), mais s’interprètent toujours en lien avec les symptômes et les bilans hormonaux.
L’âge de la patiente modifie l’interprétation : les critères adultes ne s’appliquent pas directement aux adolescentes ni aux femmes en périménopause.
L’imagerie seule ne fait jamais le diagnostic du SOPK : elle n’est qu’un des trois éléments du tripode diagnostique.
Cet article est rédigé à partir de la présentation du Dr Corinne Bordonné « Optimiser l’imagerie ovarienne : trucs et astuces de radiologues » .présentée aux Journées du SOPK à Paris en mars 2026, à partir des recommandations internationales ESHRE/ASRM 2023, et avec l’article du Dr Teede dans The Lancet en 2026 « Polyendocrine metabolic ovarian syndrome, the new name for polycystic ovary syndrome: a multistep global consensus process

